Voilure de secours du parachute — équipement de sécurité obligatoire en France
Parachutisme

La voilure de secours du parachute, c’est quoi ?

Par , chef moniteur — formateur FFP Mis à jour le 9 juin 2026 7 min de lecture 1 327 mots

La voilure de secours — aussi appelée parachute de secours ou voile de réserve — est le deuxième parachute que chaque parachutiste porte sur le dos. Elle ne sert que dans un seul cas : si la voile principale présente un problème à l’ouverture. Discrète et rarement utilisée, c’est pourtant la pièce la plus rigoureusement conçue, certifiée et entretenue de tout l’équipement. Voici en détail ce qu’est une voilure de secours, de quoi elle est faite et comment elle fonctionne.

À quoi sert une voilure de secours ?

Son rôle est simple : offrir une seconde voile pleinement opérationnelle si la principale ne s’ouvre pas correctement. Porter un parachute de secours est obligatoire pour sauter — aucun parachutiste ne décolle avec une seule voile. C’est l’ultime filet de sécurité, dimensionné et entretenu pour fonctionner dans les pires conditions.

Ce qui en fait un véritable « deuxième parachute », et non un simple accessoire, c’est son indépendance totale : elle possède sa propre voile, ses propres suspentes, son propre système d’ouverture et son propre cycle de pliage. À aucun moment elle ne partage un élément avec la principale — si bien qu’un problème sur l’une ne peut pas affecter l’autre.

La voilure de secours n’est utilisée qu’après que le parachutiste a libéré (largué) la voile principale défaillante. La décision et la procédure d’urgence elle-même sont détaillées dans notre article que se passe-t-il si un parachute ne s’ouvre pas ?. En saut en tandem, vous n’avez rien à gérer : c’est le harnais du moniteur qui embarque la voile de secours et son déclenchement.

De quoi est faite une voilure de secours ?

Une voilure de secours est une aile souple « ram-air » — à caissons gonflés par l’air, comme la principale — mais pensée pour la fiabilité d’ouverture et la stabilité plutôt que pour la performance. Ses caractéristiques typiques :

  • Forme : rectangulaire, plus « carrée » que la principale — un profil docile et prévisible.
  • Caissons : généralement 7 caissons (contre 7 à 9 pour une voile principale), pour une ouverture plus douce et un vol plus stable.
  • Tissu : un nylon basse porosité de type F-111 (0 à 3 CFM), qui laisse passer très peu d’air — gage d’ouvertures régulières même après des mois pliée.
  • Suspentes : en fibres synthétiques haute résistance (Spectra, Vectran).

Elle est certifiée selon la norme aéronautique TSO C23d (FAA) et son équivalent européen ETSO C23d (EASA). Pourquoi cette certification permet de lui faire confiance — tests de largage, marges de sécurité — est expliqué en détail dans peut-on faire confiance à un parachute ?.

Un système d’ouverture indépendant du parachute principal

C’est l’une des grandes différences avec la voile principale : la voilure de secours possède son propre système de déploiement, indépendant et conçu pour s’ouvrir vite, même si le parachutiste ne peut rien faire.

  • Un extracteur à ressort (spring pilot chute) : comprimé dans le container, il jaillit dès l’ouverture pour aller chercher l’air — là où la principale utilise un extracteur souple jeté à la main.
  • Un sac de déploiement « libre » (free-bag) : la voile de secours est rangée dans un sac qui se sépare d’elle pendant le déploiement, pour ne jamais gêner l’ouverture.

Ce système est entièrement mécanique : il fonctionne sans électronique, simplement en libérant la fermeture du container.

Où est-elle rangée ?

La voilure de secours occupe le compartiment supérieur du sac-harnais (container), au-dessus de la voile principale. Ce compartiment est maintenu fermé par une boucle de fermeture et des goupilles, que l’on libère soit en tirant la poignée de secours, soit automatiquement. Pour tout savoir sur le contenant, voir le sac de voilures (container).

Voile principale vs voilure de secours : les différences

CritèreVoile principaleVoilure de secours
Caissons7 à 9généralement 7
Formesemi-elliptique à elliptiquerectangulaire (stable)
Tissuzéro porosité (ZP) ou F-111basse porosité (type F-111)
Extracteursouple, jeté à la mainà ressort + sac libre (free-bag)
Pliagepar le parachutiste lui-mêmepar un plieur agréé (CQP) uniquement
Contrôleà chaque pliageau minimum une fois par an
Fréquence d’usageà chaque sautuniquement en secours

Qui la plie, et à quelle fréquence ?

Contrairement à la voile principale, la voilure de secours n’est jamais pliée par le parachutiste lui-même. En France, le Code du Sport (article A.322-158) impose qu’elle soit « pliée au minimum une fois par an », par un titulaire du CQP « plieur de parachutes de secours » (ou une qualification militaire équivalente). À chaque pliage, le technicien inspecte la voile, les suspentes et le système d’ouverture, puis signe une fiche de contrôle datée.

Ce contrôle régulier garantit que tout reste en parfait état même si la voile n’a jamais servi. C’est l’une des raisons pour lesquelles sa fiabilité dépasse 99,9 %.

Comment se déclenche-t-elle ?

Deux façons :

  • Manuellement : le parachutiste largue la voile principale défaillante, puis tire la poignée de secours.
  • Automatiquement : via le déclencheur automatique (DAA) si le parachutiste est inconscient ou incapable d’agir.

Un dispositif mécanique passif, le RSL, peut aussi déclencher l’ouverture du secours dès que la voile principale est larguée. Tous ces niveaux de sécurité sont détaillés dans que se passe-t-il si un parachute ne s’ouvre pas ?.

Quelle taille fait une voilure de secours ?

Comme la principale, la voilure de secours existe en plusieurs surfaces (mesurées en pieds carrés, ft²), généralement de l’ordre de 99 à 279 ft² selon les modèles. La taille se choisit selon le poids total du parachutiste équipé : plus on est lourd, plus la surface doit être grande pour garantir un atterrissage en douceur. C’est un professionnel qui détermine la taille adaptée — jamais une question de préférence personnelle.

Combien de temps dure une voilure de secours ?

Une voilure de secours peut être utilisée pendant de nombreuses années. Après chaque ouverture réelle, elle doit être inspectée et repliée par un plieur agréé avant de pouvoir resservir. Sa durée de vie totale est fixée par le constructeur (en nombre de pliages et/ou en années) ; un plieur écarte toute voile présentant une usure anormale du tissu ou des suspentes.

Les autres équipements du parachutiste

Questions fréquentes sur la voilure de secours

La voilure de secours est-elle plus fiable que la principale ?

Oui. Elle est de conception plus simple et plus robuste, certifiée selon la norme aéronautique TSO/ETSO C23d, pliée exclusivement par un professionnel agréé et contrôlée au moins une fois par an. Sa fiabilité dépasse 99,9 %, contre un taux de dysfonctionnement de la principale d’environ 1 pour 1 000 sauts.

Pourquoi la voile de secours n’a-t-elle que 7 caissons ?

Parce qu’on privilégie la stabilité, des ouvertures douces et un comportement prévisible plutôt que la performance de vol. Une voile 7 caissons rectangulaire est plus tolérante et plus facile à poser — exactement ce qu’on attend d’un parachute de dernier recours, qui doit fonctionner à coup sûr dans n’importe quelle situation.

Peut-on plier soi-même sa voile de secours ?

Non, jamais. Seul un titulaire du CQP « plieur de parachutes de secours » (ou une qualification militaire équivalente) peut la plier, au minimum une fois par an, conformément à l’article A.322-158 du Code du Sport. Le parachutiste peut en revanche plier lui-même sa voile principale.

Que devient le sac de déploiement (free-bag) après l’ouverture ?

Il se sépare de la voile pendant le déploiement et tombe librement — d’où son nom de sac « libre ». Il est ensuite récupéré au sol, puis remis en place par le plieur lors du pliage suivant. Cette séparation évite qu’il ne perturbe l’ouverture de la voile.

Article rédigé par Gwen, moniteur fédéral FFP — 11 000 sauts, 18 ans d’expérience à l’aérodrome de Pujaut.

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